Rencontres #3: histoires de citoyens francophones du Chili

Rencontres #3: histoires de citoyens francophones du Chili

Voici la troisième édition de la série d’articles intitulée “Rencontres”. Il s’agit à travers ces interviews de mettre en avant les histoires de nos concitoyens et francophones qui vivent à l’étranger et se lancent dans des aventures associatives, entrepreneuriales ou culturelles. Cette fois nous ouvrons cette rubrique à Fernando Duffau, artiste chilien que j’ai rencontré lors de mon dernier déplacement à Santiago du Chili et qui nous parle des liens étroits qu’il a noués avec la communauté française !

 

Rencontre avec Fernando Duffau, musicien et fondateur du groupe Lastarria.

Fernando Duffau est violoniste, altiste et chef d’orchestre. Il vient d’une famille de boulangers français qui s’est installée au Chili dans les années 1920. Né d’une mère peintre et entouré de deux frères musiciens, il a baigné dans l’art et à la musique depuis son plus jeune âge. Retour sur un parcours artistique au cœur des relations franco-chiliennes.

Vous êtes citoyen chilien mais vous avez réalisé une partie de vos études musicales en France. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours ?

Après avoir terminé mes études de musique à l’Université du Chili, j’ai travaillé à l’Orchestre National du Chili, avant d’obtenir une bourse pour étudier en France au Conservatoire de Paris puis à l’École Normale de Musique de Paris. Cette période parisienne de ma formation a été la plus importante et la plus déterminante pour moi. C’est au cours de cette période que j’ai rencontré ceux qui sont aujourd’hui encore mes meilleurs amis. J’ai noué des contacts professionnels et amicaux qui m’ont aidé à nourrir le lien que je maintiens avec la France aujourd’hui.

Pendant mes études en France, j’ai eu l’occasion de présenter des œuvres de musique contemporaine, ce qui représentait un monde totalement inconnu pour moi. Depuis cette expérience, je profite de chaque opportunité qui m’est offerte pour réaliser une nouvelle interprétation d’une œuvre d’un nouveau compositeur français ou latino-américain. Je crois que cette musique est l’avenir de la musique classique et qu’elle devrait être jouée et enseignée à tous les types de public.

Pourquoi avez-vous choisi de rentrer au Chili après toutes ces expériences ?

Après avoir coopéré avec l’Orchestre du Capitole de Toulouse, l’Orchestre de la Cité Universitaire de Paris et le Verbier Festival Orchestra, l’un des festivals les plus importants au monde dans le domaine de la musique classique en Suisse, je suis rentré à Santiago du Chili pour enregistrer un nouvel album de musique contemporaine. C’est à ce moment-là que j’ai constaté que j’avais beaucoup à apporter ici au Chili. Je me suis dit : pourquoi ne pas rester quelques mois ? Et au final ces mois se sont allongés… et je suis toujours ici, et avec beaucoup de projets ! C’est ici aussi qu’est née l’idée de créer un quatuor nommé Lastarria qui réunit la chanson française, les boléros et la musique latino-américaine. Jouer cette musique avec des instruments issus de la musique classique a été un succès immédiat et le public a immédiatement apprécié cette nouvelle proposition artistique. Nous nous produisons régulièrement au Chili et prévoyons une tournée en France pour 2019.

Depuis votre retour au Chili, comment maintenez-vous un lien avec la France à travers vos projets musicaux ?

Depuis mon retour au Chili, j’ai dirigé, créé et produit une comédie musicale intitulée “Los sueños de Edith y Violeta”. C’est l’histoire imaginaire de la rencontre de ces deux femmes, Edith Piaf et Violeta Parra. Edith, la chanteuse le plus important de l’histoire de France, rencontre Violeta, la chanteuse la plus importante qui a eu le Chili. C’est un projet artistique qui a eu beaucoup de succès et que j’ai l’intention de répéter dans un proche avenir.

Aussi avec ma troupe “classique”, nous avons organisé plusieurs concerts grâce au soutien constant de l’ambassade de France au Chili, entre autres pour l’honneur de l’amitié franco-allemande à travers des œuvres de Darius Milhaud, Beethoven. Cette année, nous avons également organisé un concert d’hommage pour les 100 ans de la mort de Claude Debussy.

Mais le moment le plus marquant de cette année fût sans nul doute le concert de commémoration du centenaire de l’armistice qui s’est tenu le 11 novembre à la résidence de France à Santiago du Chili. Ont participé notamment un ensemble composé de cordes, un piano, un soprano et six récitants, tous jeunes étudiants de l’école allemande et du lycée français de Santiago.

La symbolique de ce concert centrée autour de la coopération franco-allemande a été particulièrement forte, soutenue en ce sens par les deux ambassadeurs, tous deux très attachés à la commémoration de ce moment historique unique.

Concert de commémoration du centenaire de l’armistice

En quoi avez-vous l’impression de participer au rayonnement de la France au Chili ?

J’ai l’impression qu’il n’y a pas qu’une seule façon de participer au “rayonnement de la France au Chili”.

Je pense que ce terme “rayonnement de la France” date d’une époque révolue et doit être mis à jour et repensé. Les choses ont évolué. Il ne s’agit plus de proclamer “c’est notre culture française et il faut l’imiter”. Le message à porter, c’est “comment la culture française riche de plusieurs siècles pourrait continuer à séduire aujourd’hui ?”. Dans un monde avec une telle compétition et richesse culturelle, il faut comprendre comment cette culture française peut se mélanger aux influences de chaque pays pour au final continuer à s’enrichir.

Par exemple, lors du concert du 11 novembre, nous avons inclus Alfonso Leng, compositeur chilien de l’époque de la première guerre, comme un petit hommage aux Français et aux franco-chiliens appelés à se battre dans la guerre des tranchées en France. Lors du même concert, nous avons joué aussi pour la première fois au Chili des œuvres du compositeur et violoniste français Lucien Durosoir. Cela a été possible aussi grâce à l’intérêt et au soutien constant de M. Roland Dubertrand, Ambassadeur de France au Chili et de son épouse Madame Marjane Marzban, porté par leur engagement pour la culture et la musique.

Avec Lastarria, le quatuor de musique populaire, nous commençons toujours nos concerts avec “La Partida” de Victor Jara, musicien et compositeur chilien assassiné par la dictature en 1973, suivi d’une version instrumentale des feuilles mortes de Kosma, un compositeur Français.

Tu me demandes ma façon de participer au rayonnement de la France à l’étranger…C’est un travail infini, comme la création artistique, il n’a pas de fin connue. C’est comme jouer une pièce pour la première fois et jouer 10 fois en concert : c’est toujours différent ! Au final, la culture française est un univers dont la fin m’est inconnue. Cette exploration permanent est pour moi la façon de travailler pour le rayonnement de la France à l’étranger.

Quels sont les projets futurs de cette coopération franco-chilienne ?

Pour l’année 2019, nous lancerons un projet artistique et pédagogique. C’est un projet sur lequel nous travaillons depuis plusieurs années. Il s’intitule « Projet d’intégration sociale de l’Orchestre international des jeunes ». Nous le portons avec l’Alliance française de Santiago, l’école allemande et deux écoles chiliennes pour les jeunes à risque social (Quinta Normal et Bajos de Mena).

Nous allons créer 4 orchestres pour enfants avec une équipe de professeurs de premier niveau suivant une méthode française d’enseignement du violon, de l’alto et du violoncelle. Une fois par mois, tous les orchestres se réuniront pour jouer. Cela permettra aux écoles d’élite de connaître une réalité différente avec leurs pairs des écoles publiques chiliennes. Tous auront le même accès à la culture. Quel que soit leur condition sociale, toutes les familles seront favorisées de la même manière.

Il s’agit de montrer comment la musique et la culture peuvent réussir à en finir avec un certain classicisme social et faire du Chili un pays plus juste, plus inclusif et plus développé.

Ce projet a été sélectionné par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et va bénéficier du financement du dispositif STAFE de 2018 à 2021, en collaboration avec la Liga Chilena Alemana (DCB), l’école allemande et le soutien de l’ambassade de France au Chili.

En guise de réflexion finale, je pense que la culture et la musique sont un point sur lequel nous devons apporter plus de soutien et surtout de continuité. La culture doit être accompagnée de politiques permettant un développement intégral. Je pense que le Chili a beaucoup à apprendre de la manière dont la France a développé ses politiques culturelles. C’est un bon point pour développer, organiser des visites d’experts en politiques culturelles, et multiplier les activités tendant à enrichir l’amitié franco-chilienne…

Concert de l’orchestre du lycée de Quinta Normal 

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© 2018 Paula Forteza