Renouveller la relation France – Amérique latine

En tant que députée des français résidant en Amérique latine et aux Caraïbes, je porte à coeur le développement des relations culturelles, économiques, politiques et sociales entre la France et ma circonscription. Nos concitoyens établis en Amérique latine et les Caraïbes m’interrogent à chaque déplacement sur la vision du Président de la République sur cette région du monde, sur la date de son premier déplacement dans le continent, sur la continuité de l’intérêt porté par Francois Hollande à travers son envoyé Jean Pierre Bel. Je suis persuadée comme eux, que l’Europe et l’Amérique latine ont beaucoup à gagner à se rapprocher, et je travaille dans ce sens.

Mercredi 13 décembre, j’ai invité des acteurs du monde diplomatique, politique et académique investis dans la relation France – Amérique latine, échanger sur les défis et les opportunités devant nous. J’ai souhaité mettre à l’agenda l’idée d’un rapprochement nécessaire et le besoin de se réunir régulièrement afin d’élargir ce premier groupe de travail. Au rendez-vous, des ambassadeurs de la région, les présidents des groupes d’amitié, des représentants du monde académique (SciencesPo, IHEAL, Institut des Amériques), des conseillers à l’Elysée, au Quai d’Orsay et à l’OCDE. Je tiens à remercier particulièrement Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Éducation Nationale et spécialiste de l’Amérique latine, pour sa présence et son soutien.

 

Notre feuille de route à court terme: faire de la prochaine Semaine de l’Amérique latine un rendez-vous incontournable et saisir l’occasion du G20 (présidence argentine en 2018) pour introduire l’Amérique latine dans l’agenda diplomatique et géopolitique de la France.

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Discours prononcé à l’Hôtel de la Questure, mercredi 13 décembre.

Dès le début du XIX siècle, les valeurs de la révolution française et des lumières ont traversé l’océan pour influencer fortement la pensée des libertadores et des mouvements d’indépendances qui leurs ont suivi. Ces nouveaux Etats latino-américains se sont imprégnés et inspirés des institutions françaises comme le Code Civil ou la Déclaration des Droits des Hommes et des Citoyens. La France est devenu une terre d’exil et d’espoir pour beaucoup de citoyens latino-américains à l’aube des dictatures militaires du 20e siècle.  Cette solidarité du peuple français avec les peuples latino-américains a transcendé en France les clivages politiques, au nom des valeurs humanistes et de solidarité.

Politiquement, la France a toujours été très proche du continent, la grande tournée régionale du Général de Gaulle en 1964, appelant à « un resserrement des rapports entre l’Amérique latine et la France pour aider le monde à s’établir dans le progrès, l’équilibre et la paix », est encore présente dans les esprits. Les échanges entre nos deux régions n’ont pas cessé de croître depuis.

Une présence culturelle : l’Amérique latine est un continent francophile

L’influence culturelle française en Amérique latine est visible dans l’architecture, les sciences, le cinéma, la musique, la danse et la gastronomie. Mais cette influence est réciproque, Paris est devenu un passage essentiel pour les artistes et les penseurs latino-américains comme Gabriel Garcia Marquez, Mario Vargas Llosa ou Carlos Fuentes. J’ai pu être témoin de cette synergie lors du Festival Cervantino au Mexique auquel j’ai eu la chance d’y participer et je peux vous dire à quel point notre délégation a été accueillie avec les bras ouverts par les autorités publiques et le public en général.  Le succès de l’année France – Colombie, les expositions sur le Mexique et le Pérou au Musée du Quai Branly ou au Grand palais montrent que le public français est demandeur et passionné par la richesse culturelle du continent latino-américain. Je salue par ailleurs, Alain Rouquié, qui préside la Maison de l’Amérique Latine, symbole du carrefour franco-latino-américain à Paris.

Nous avons un réseau éducatif et culturel très riche et vaste en Amérique latine. Nous comptons avec plus 200 Alliances Françaises et 40 établissements scolaires qui permettent de diffuser la culture et la langue française tout en créant des synergies avec la population locale. En France, nous avons un campus et un Observatoire de SciencesPo Paris dédiés aux études de la région et des Universités comme l’IHEAL ou l’Institut des Amériques.

Une présence économique et commerciale : La France comme un troisième modèle.

Représentant environ 10% de l’économie mondiale et 30% des économies émergentes, l’Amérique latine est un continent stable macro économiquement mais qui a besoin de partenaires comme la France pour aboutir la transition vers une économie mondialisée.  La France figure parmi les premiers investisseurs étrangers dans de nombreux pays de la région : toutes nos grandes entreprises sont présentes en Amérique latine, dans les domaines de l’infrastructure, de l’énergie, des services ou de la défense. En Colombie ou au Brésil, la France est le premier employeur étranger et se positionne traditionnellement parmi les 6 premiers investisseurs.

Le Mercosur et l’Alliance du Pacifique s’apprêtent à tisser des liens plus forts avec l’Europe et la France, nous devons soutenir ces efforts et redonner un élan aux relations économiques. L’expertise française dans des sujets tels que l’infrastructure, la mobilité urbaine, la ville de demain, les nouvelles technologies et les énergies renouvelables peut ouvrir un nouveau chapitre dans les relations commerciales entre les deux régions. Je salue l’action de l’Agence française de développement et des institutions comme Business France, la French Tech ou les Chambres de Commerces.

Notre Ministre de l’Economie, M. Bruno le Marie, présent au Xe Forum économique international sur l’Amérique latine et Caraïbes tenue à Bercy en Juin s’exprimait en faveur d’un rapprochement économique et diplomatique. Je tiens à saluer cette démarche.

Dans le renouveau géopolitique, la relation France – Amérique latine clé pour la stabilité et le progrès.

Dans le monde actuel en cours de recomposition, quelle place pour l’Amérique latine et les caraïbes ? Et quelle place pour la France dans ce continent avec lequel elle entretient, depuis les indépendances, une amitié au long cours ?

Européens, Latino-américains et Caribéens se distinguent par une même exigence : le refus d’une mondialisation sauvage, destructrice des sociétés et de la planète. Ensemble, les pays européens, latino-américains et caribéens représentent un tiers des sièges à l’ONU, une force politique majeure alors que se précisent les immenses défis du XXIe siècle : la préservation de la paix, le changement climatique, la gestion durable des ressources naturelles et l’invention de nouvelles formes de gouvernance pour y faire face. Si la COP21 fut une réussite collective, nous le devons aussi aux pays latino-américains.

Nous devons saluer les efforts menés par la Présidence de M. François Hollande et la présence de Jean Pierre Bel, dans le continent latino-américain. Reprise des relations diplomatiques avec le Mexique, accompagnement du processus de paix en Colombie et influence incontournable à Cuba après l’ouverture des relations diplomatiques, entre autres. La France semble être lancée dans une stratégie plus ambitieuse pour les relations avec l’Amérique latine mais cet élan ne doit pas se perdre. L’arrivée de Donald Trump et l’annonce progressif de sa politique envers l’Amérique latine ouvre, à mes yeux, une opportunité pour la consolidation française et européenne dans la scène politique, diplomatique et économique.

Avec la mise en péril de l’ALENA, la construction du mur entre le Mexique et les EUA, le refroidissement entre la Havane et Washington, le protectionnisme américain et l’attitude envers les migrants et le changement climatique, Donald Trump ouvre des questionnements sur l’influence historique des EUA dans cette région. Les pays latino-américains se demandent vers qui se tourner dans le contexte actuel : la Chine se positionne à la tête de cette course, mais son modèle politique et de développement ne convient pas au continent entier. L’Europe aujourd’hui représente les idéaux et les valeurs d’un monde progressiste, ouvert et constructif. Je peux vous dire à quel point le renouvellement politique et les réformes menés par le gouvernement actuel font écho en Amérique latine. Ils nous regardent avec intérêt, la France se modernise, s’ouvre au monde… ils se posent tous la même question : est-ce que l’Amérique latine est dans le radar du Président Macron ?

Le Président a reçu à l’Elysée les présidents du Mexique, du Guatemala, de la Colombie et du Pérou et il s’est fortement exprimé par rapport à la situation au Venezuela. Certes les relations entre la France et l’Amérique latine n’ont pas cessé, mais nous avons devant nous une opportunité unique pour construire une stratégie commune qui redouble en ambition.

2018 sera un tournant pour le continent. 5 élections présidentielles, la consolidation de la politique américaine et le G20 sous la présidence Argentine. La France et l’Europe devront à mes yeux, profiter de cette recomposition pour établir une stratégie politique, diplomatique et commerciale pour les années à venir. Nous devons réfléchir en tant que blocs géographiques et culturels qui peuvent marcher ensemble vers un monde d’avenir : Europe et Amérique latine.

Je voudrais finir avec des propositions concrètes : retrouvons-nous régulièrement pour échanger sur cette région du monde qui a besoin qu’on s’occupe d’elle. Faisons de la Semaine de l’Amérique latine, un rendez-vous de haut niveau qui puisse rendre visible ces enjeux auprès du Président, des Ministres et des médias. Et surtout, soyons ambassadeurs du rapprochement entre la France et l’Amérique latine, une relation qui va au-delà des intérêts économiques pour devenir des partenaires dans la défense du multilatéralisme, le maintien de la paix, le respect de l’environnement et des droits humains. Une relation basée sur le respect, l’admiration, la coopération et l’espoir pour un monde meilleur.

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