Précarité, féminicide et paix: les femmes, cœur actif de la Colombie

Précarité, féminicide et paix: les femmes, cœur actif de la Colombie

Actuellement, les femmes et les filles sont davantage touchées que les hommes par la pauvreté, les conflits et le changement climatique

Depuis plusieurs années, l’Amérique Latine s’est affirmée comme un poste avancé du combat féministe, allant au-delà des questions de violences sexistes et sexuelles. De Buenos Aires à Bogota, les féministes latino-américaines maintiennent les pressions en faveur de leurs droits : IVG, émancipation, violences, etc. En Colombie, la lutte féministe s’organise depuis le 20e siècle avec des femmes en quête de droits fondamentaux, se mobilisant également pour le maintien de la paix.

C’est dans ce cadre que j’ai organisé une visioconférence sur la condition des femmes en Colombie le mercredi 2 décembre 2020.

À cette occasion nous avons reçu des femmes engagées sur ces sujets tant sur la scène politique et associative, mais également localement sur le terrain :

  • Delphine O, secrétaire générale de la Conférence mondiale de l’Organisation des nations unies sur les femmes
  • Viviane Morales, ambassadrice de Colombie en France
  • Victoria Sandino, sénatrice afro-colombienne, membre de la délégation Farc à Cuba lors des négociations de paix
  • Yamile Roncacio, directrice de La Fundación Feminicidios Colombia (Femcol)
  • Cécile de Caunes, conseillère international de la partie signataire de l’Accord de paix devant le Conseil de sécurité des Nations Unies
  • Angélica Montes Montoya, philosophe, présidente du GRECOL-ALC, membre comité scientifique Colifri France
  • Estela Simancas Mendoza, historienne et membre de l’association Mesa del Movimiento social de Mujeres de Cartagena y Bolívar
  • Dina Carolina Ojada Ojada, docteur en philosphie

L'entrepreunariat au féminin : porte d'émancipation

L’Amérique latine est la 2nd région qui recense le plus grand nombre de femmes entrepreneures dans le monde. Au Mexique et au Brésil par exemple, la proportion de femmes entrepreneures est presque égale à celle des hommes.

Ces chiffres, bien qu’encourageants, sont à prendre avec du recul. Si les femmes créent leurs entreprises, ce n’est pas par esprit d’entrepreneuriat mais bien souvent pour lutter contre la vulnérabilité économique qui les menace. Les études montrent en effet, que la majorité des cheffes d’entreprise en Amérique Latine ont créé leur structure pour échapper au chômage, à la retraite et à la précarité. Il s’agit souvent, par ailleurs, de contribuer au bien-être de leurs enfants.

D’autre part, les femmes de la région touchent en moyenne un salaire horaire inférieur de 17% à celui des hommes. De plus, selon un rapport de l’organisation internationale du travail, les femmes s’occupent toujours de 80% des tâches domestiques et familiales, ce qui restreint leur participation effective au monde du travail.

L’entrepreneuriat féminin et le travail indépendant en général, que ce soit dans de petites ou grandes entreprises, constituent un important vecteur d’autonomisation des femmes.

En Colombie, l’écart entre les femmes et les hommes, en l’état actuel, nécessiterait 257 ans pour se résorber complètement. La situation de précarité des femmes dans le pays est très fortement corrélée aux violences intra familiales.

  • Près de 3 colombiennes sur 10 de plus de 15 ans n’ont aucun revenu quand seulement 1 colombien sur 10 est dans la même situation.
  • Le taux de chômage des femmes est plus élevé que celui des hommes, en particulier chez les jeunes de 18 à 24 ans (22,9% de femmes contre 13,8% d’hommes).
  • L’insertion des femmes sur les marchés du travail est plus faible que celle des hommes et lorsqu’elles parviennent à l’intégrer, elles se retrouvent parfois isolées dans certaines professions et secteurs économiques. Certaines femmes, afin de concilier les lourdes charges du travail domestique et des soins, travaillent de manière informelle, dans des conditions précaires et sans accès à la sécurité sociale.

Féminicide, violences sexistes et sexuelles

Les femmes de tous âges et de tous horizons sont constamment exposées au risque de subir un certain type de violence et pratiquement toutes, à un moment de leur vie, ont été victimes de violence ou ont été menacées simplement parce qu’elles sont des femmes.

Les chiffres mondiaux sont irréfutables et alarmants. Selon ONU Femmes (2019), on estime que 35% des femmes dans le monde ont subi des violences physiques et / ou sexuelles de la part d’un partenaire romantique ou des violences sexuelles de la part d’une personne autre que leur partenaire romantique.

En 2019, en Colombie, 1001 femmes ont été assassinées, 115 d’entre elles étaient des mineurs. Dans 42,8% des cas l’agresseur était un proche (partenaire ou ex-partenaire, ami, connaissance ou parents).

L’occurrence de féminicides dans le domicile est le reflet de l’exposition à haut risque des femmes dans leur propre maison, qui devrait pourtant être un environnement sûr. Dans le même temps, il est important de comprendre que la violence envers les femmes s’exprime au-delà de la sphère domestique.

L’ampleur de cette violence est incompatible avec le niveau de progrès économique et le degré de développement institutionnel et démocratique que la Colombie a atteint. Ce phénomène érode également les efforts de réconciliation et de reconstruction du tissu social.

Les femmes dans le processus de paix en Colombie

En octobre, nous célébrions les 20 ans de l’adoption par le le Conseil de sécurité des Nations Unies la résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité. Cette résolution préconise de faire participer les femmes à l’établissement de la paix, de mieux les protéger contre les violations de leurs droits fondamentaux et de leur donner accès à la justice et aux services de lutte contre la discrimination.

La participation directe des femmes aux négociations de paix accroît la durabilité et la qualité de la paix. Une étude, basée sur l’analyse de 98 accords de paix signés dans 55 pays entre 2000 et 2016, a révélé que les accords présentent plus souvent des dispositions relatives à l’égalité entre les sexes lorsque des femmes participent aux processus de paix officiels et officieux.

En novembre 2016, après 4 années de négociations et plus de 50 ans de guérilla, le gouvernement colombien et les FARC (forces armées révolutionnaire de colombie) ont signé un Accord Final afin de mettre fin au conflit. Ce document souligne notamment l’importance du rôle des femmes dans ce processus de paix. En effet, c’est bien la persévérance des colombiennes qui a permis, entre autres, la construction de la paix et la défense des droits humains. Pour rappel dans le cadre de ce conflit, 29 133 victimes de violence sexuelles ont été enregistré depuis 1985. 

Je tiens à remercie chacune des intervenantes pour ces échanges enrichissants. 

La diplomatie féministe, doit aujourd’hui être notre priorité, et je m’engage en tant que députée des français de l’étranger à porter ce combat au niveau de l’Amérique latine et des Caraïbes.

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© 2019 Paula Forteza - Députée des Français d'Amérique latine et des Caraïbes