Ma réaction suite au restriction de l’avortement au Brésil

Ma réaction suite au restriction de l’avortement au Brésil

Des millions de femmes en Amérique latine et dans les Caraïbes se mobilisent pour revendiquer leurs droits sexuels et reproductifs. Plusieurs mouvements féministes ont vu le jour sur le continent ces dernières années : le hashtag #NiUnaMenos relayé pour protester contre les violences sexistes et sexuelles ; les foulards verts symboles d’une lutte pour les droits reproductifs de la pointe de l’Argentine à Porto Rico, du Brésil au Mexique et au-delà.

Malgré le renouveau du féminisme en Amérique Latine, les conditions d’accès à une interruption volontaire de grossesse (IVG) se sont récemment durcies au Brésil, là où les violences sexistes et sexuelles sont encore le quotidien de milliers de femmes. Je rejoins une grande partie de la communauté internationale pour dénoncer le recul des droits reproductifs des femmes dans ce pays. 

Les cas de violences sexuelles : une tragédie quotidienne au Brésil

En moyenne, six enfants entre 10 et 13 ans avortent chaque jour dans le pays et quatre fillettes entre 10 et 13 ans sont violées chaque heure, selon les données de l’Annuaire brésilien de la sécurité publique de 2019. Les cas de violences sexuelles, notamment sur des enfants, sont une tragédie quotidienne au Brésil.

Récemment, les conservateurs et progressistes brésiliens se sont à nouveau livré bataille autour du sort d’une enfant de 10 ans, enceinte de 22 semaines, souhaitant recourir à une IVG, suite aux viols répétés depuis ses 6 ans par son oncle. Bien que la législation brésilienne autorise les hôpitaux à pratiquer des avortements pour les victimes de viol, l’affaire de la fillette a été portée devant les tribunaux. Un juge local a donné à la famille l’autorisation d’interrompre la grossesse, mais l’hôpital où la procédure devait avoir lieu a ensuite refusé de le faire, obligeant l’enfant à se rendre dans un hôpital à Recife. L’identité de la fillette et de l’hôpital ont été transmises à des manifestants par la militante d’extrême droite Sara Winter, partisane farouche de Bolsonaro.

Cette tragique affaire fait écho au cas de Olimpio Moraes, enfant alors âgée de 9 ans, ayant eu recours à un avortement de jumeaux après avoir été violée par son beau-père en 2009. À l’époque, l’Évêque de Recife, José Cardoso Sobrinho, avait excommunié la mère de l’enfant et l’obstétricienne responsable de l’interruption de grossesse. Cette décision avait alors alarmé la communauté internationale. Le président en poste lors des faits, Luiz Inacio Lula da Silva, pourtant fervent catholique, avait soutenu que ce cas relevait du cadre prévu par la loi.

Ces deux affaires diffèrent ainsi par leur gestion politique. Le gouvernement en place en 2009 avait pleinement défendu la décision de justice et soutenu l’enfant dans sa démarche. À l’inverse, aujourd’hui le droit de recours à l’IVG au Brésil diminue grandement et les conditions d’accès à l’avortement en cas de viol se durcissent alors que la législation brésilienne autorise les hôpitaux à pratiquer des avortements pour les victimes de viol.

Une réponse politique en faveur d’un contrôle grandissant du droit à l’avortement

La réponse politique du gouvernement de Jair Bolsonaro face à la tragédie de ce mois d’août a été de durcir les conditions d’accès à l’avortement en cas de viol. De nouvelles normes ont été mises en place par le ministère de la santé suite aux protestations contre le recours à l’interruption de grossesse de la fillette de 10 ans :

  • Le personnel médical sera obligé de proposer à la femme de voir l’embryon ou le fœtus par échographie avant l’opération.
  • La femme devra raconter « en détail » ce qu’il s’est passé et risquera des poursuites judiciaires si elle ne peut pas prouver ses dires.
  • Le viol sera obligatoirement signalé à la police avec dépôt de plainte, que la femme le veuille ou non.

 

Ma position face à cette décision

En 2014, près de 900 femmes sont décédées lors d’un avortement à risque en Amérique Latine, selon un rapport de l’institut Guttmacher. L’État brésilien ne peut et ne doit pas échapper à sa responsabilité de garantir la santé de toutes les femmes qui avortent annuellement.

Il est inconscient de maintenir des pratiques répressives qui condamnent ces femmes non seulement à la stigmatisation au sein de la société brésilienne mais aussi à la peur de fortes répressions.

Aucune jeune fille ou femme ne devrait être forcée de porter un enfant non désiré et je m’engage à plaider pour l’autonomie reproductive. Comme je l’ai déjà fait en mai 2018, lors de l’audition à la Chambre des députés d’Argentine dans le cadre des discussions préliminaires à l’étude du projet de loi de légalisation de l’avortement en Argentine, je souhaite continuer d’apporter mon témoignage sur l’expérience française. Ce sujet me tient particulièrement à cœur, et constitue une des priorités de mon engagement, tant en France que dans les pays de ma circonscription.

 

Sources : https://www.lemonde.fr/international/article/2020/08/29/le-bresil-durcit-sa-reglementation-sur-l-avortement-en-cas-de-viol_6050306_3210.html

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© 2019 Paula Forteza - Députée des Français d'Amérique latine et des Caraïbes