[Dataclimat] Les déchets numériques, textiles et alimentaires

[Dataclimat] Les déchets numériques, textiles et alimentaires

Au mois d’août 2021, le GIEC a présenté la première partie de son dernier rapport au sein duquel il dresse un constat sans appel : les effets du réchauffement climatique vont s’accélérer et ce, quel que soit le rythme de baisse des émissions de gaz à effet de serre (GES). Cette dernière injonction rappelle l’urgence de la mobilisation nécessaire pour transformer radicalement nos modes de vie mais aussi l’urgence de faire de l’écologie la priorité et le cœur des prises de décisions.

J’ai ainsi lancé, au début du mois de septembre 2021, l’initiative #DataClimat. Face à l’urgence écologique, elle vise à permettre au plus grand nombre de s’emparer des données climatiques. Une première étape a été lancée au travers d’un site dédié, dataclimat.fr, qui permet de visualiser de manière interactive des simulations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et de Drias, les futurs du climat, à l’échelle du territoire français. 

Après un premier volet concernant les surfaces forestières en collaboration avec l’IGN,  nous présentons aujourd’hui une deuxième fiche thématique relative aux déchets en France, réalisée à partir de données ouvertes par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). Nous remercions chaleureusement Jean-Baptiste Le Dévéhat, Sandrine Lacombe et Sandrine Moriceau,  tous les 3 membres de l’ADEME, pour leur aide et leurs précieux conseils !

Comprendre les déchets au travers de trois industries

Pour lutter contre le réchauffement climatique et la dégradation des écosystèmes, une réduction et une meilleure utilisation de nos déchets sont d’une importance capitale. Et les Français en sont conscients, puisque 88% d’entre eux considèrent que la réduction des déchets doit être une priorité, selon un sondage d’Odoxa de 2021. Dans ce deuxième volet de DataClimat, nous avons donc souhaité traiter ce sujet au travers du prisme de trois industries qui composent le quotidien des Français : le numérique, le textile, et l’alimentation. Lors d’un rapide sondage sur les réseaux sociaux, nous nous sommes aperçus que chaque industrie  n’était pas également connue des Français. En effet, sur près de 40 participants, les réponses données concernant les déchets alimentaires étaient plus correctes que pour les deux autres industries, semblant indiquer une meilleure connaissance des problématiques reliant déchets et alimentation, d’où l’enjeu de ce volet #DataClimat.

Déchets numérique, un double enjeu CO2 et matière

Il n’existe pas de catégorie claire aujourd’hui sur ce que l’on appelle les déchets numériques. Ils appartiennent aux déchets électroniques, qui englobent aussi bien le gros électroménager (réfrigérateurs par ex.), que les lampes ou les smartphones, écrans et ordinateurs. Les déchets dits “numériques”  dans cette analyse sont ceux de la catégorie Petits Appareils en Mélange (PAM), qui comprend les téléphones, les unités centrales, mais aussi les imprimantes et les lecteur DVD.

Cette première visualisation, traitant des déchets numériques,  permet de constater l’évolution de la part qui en est recyclée, en France. On constate depuis 2015 une tendance légèrement à la hausse puis une stagnation autour de 55% de part recyclé. L’augmentation du recyclage de nos déchets numérique est un des enjeux cruciaux pour la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, puisque une tonne de déchets recyclés évite l’émission de 1.44 tonne de CO2.

Toutefois, au-delà de son impact sur le réchauffement climatique, le recyclage de plus en plus massif de nos déchets numériques permet aussi une grande économie de matière. Les smartphones sont composées de plus d’une trentaine de métaux et terres rares différents comme l’or, le cuivre, le cobalt etc… L’extraction de certains de ces matériaux est coûteuse et désastreuse pour l’environnement, d’où l’importance d’utiliser au mieux les ressources déjà extraites.

Dans cette deuxième visualisation montrant les différents sorts des déchets numériques en France, et basées sur les données issus des Rapports d’activités de l’ADEME, on remarque que seul 1 % des déchets numériques sont réutilisés (sous forme de smartphone reconditionné par exemple) . La majeure partie (72%) est quant à elle recyclée en matière qui sera ensuite utilisée dans de nouveaux produits. Le reste des déchets numériques collectés est alors soit incinéré pour produire de l’énergie (11%) soit tout simplement éliminé lorsque les autres options ne sont pas réalisables.

Déchets textiles, de la collecte aux différents traitements

La deuxième industrie à laquelle nous avons souhaité nous intéresser est celle du textile et plus particulièrement du vêtement.  Chaque année, chaque français achète en moyenne 8 kg de vêtements. Sur tous ces vêtements mis sur le marché, seul un tiers est collecté, notamment à l’aide des Point d’Apport Volontaire (PAV), qui sont des lieux où l’on peut déposer bénévolement ses anciennes affaires, qui seront ensuite envoyées en centre de tri.

Cette troisième visualisation, montrant la part de vêtements ayant été collectés par rapport à la masse totale de vêtements émis sur le marché, se base sur les données d’ECO-TLC/Re-Fashion. Comme on peut le voir, nous sommes encore loin de l’objectif d’un vêtement sur deux collecté. De plus, en 2020, la part de vêtements collectés a drastiquement chuté, passant de plus de 38% à tout juste 30%, chute qui peut en partie s’expliquer par la crise sanitaire, les gens étant moins enclins à aller déposer leur vêtements lors des confinements successifs.

Une fois un vêtement collecté, plusieurs moyens de revalorisations sont envisageables. Si le vêtement est en bon état alors il pourra être revendu, en fripe par exemple. Autrement, il sera recyclé en matière première pour retisser du fil de coton ou de laine dont les bobines serviront à la confection de futurs vêtements. Enfin, si le vêtement ou le matériau est trop endommagé pour pouvoir être réutilisé, celui-ci sera soit valorisé en Combustible Solide de Récupération (CSR), qui sont des cubes destinés à produire de l’énergie, soit tout simplement éliminés.

Cette quatrième visualisation,basée sur les données produites par ECO-TLC/Re-Fashion, montre justement la part que chacunes de ces issus possibles représentent. Ainsi, on remarque que la majorité (56% en moyenne) des vêtements sont réutilisés. Toutefois il est important de noter que 95% sont exportés, principalement vers l’Afrique. Ainsi, seuls 5%  des vêtements réutilisés sont à destination du marché français. On appelle cette part “la crème”, car elle est constituée des vêtements collectés en meilleur état. Autre fait saillant de la visualisation, depuis 2009, un effort a été fait pour que les vêtement ne pouvant être ni recyclé ni réutilisé soit valorisé énergétiquement plutôt que simplement éliminé.

Déchets alimentaires, une problématique déjà connue

La dernière industrie que nous avons souhaité analyser est celle de l’alimentaire. Comme présenté plus tôt, les Français semblent plus au courant des problématiques liées aux déchets alimentaires, et cela se voit dans nos analyses. 

Comme le montre cette cinquième visualisation sur la part des déchets ménagers revalorisée, produite à l’aide des données ouvertes de l’ADEME, aujourd’hui près des trois quart des déchets ménagers sont revalorisées. Il s’agit du pourcentage le plus haut des industries traitées dans cette analyse. De plus, on observe à la fois une baisse de la masse totale des déchets ménagers émis, et une augmentation de la part revalorisée au cours du temps.

Les données fournies par le pôle Transition 2050 de l’ADEME nous permettent toutefois d’être plus précis. Dans cette dernière visualisation, on peut voir quelles étapes de la chaîne, entre le producteur et le consommateur,  produisent des déchets.  Ainsi, on se rend compte que le consommateur final (ménage, restauration etc..) ne représente qu’un tiers des déchets alimentaires produits, contre 32% pour la production, 21% pour la transformation et 14% pour la distribution. Ainsi, on comprend que favoriser les circuits courts en coupant  les grandes chaînes de distributions, et consommer des produits non transformés, permettent de réduire mécaniquement les déchets alimentaires produits.

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