Mission sur l’informatique quantique : point d’étape (octobre 2019)

Mission sur l’informatique quantique : point d’étape (octobre 2019)

En avril 2019, le Premier Ministre, Edouard Philippe, m’a chargée d’une mission temporaire sur les nouvelles technologies quantiques. Il s’agit concrètement d’établir une feuille de route pour bâtir la stratégie nationale de la France en la matière.

Si l’investissement dans les technologies quantiques est important dans plusieurs pays du monde – États-Unis, Chine, Allemagne, etc. – la France n’accuse pas de retard rédhibitoire. 

À quelques jours de la fin de la mission et de la remise de notre rapport avec des propositions détaillées au Premier ministre, il m’a paru nécessaire de vous faire un point d’étape. Le travail de fond réalisé lors des derniers mois avec mes co-rapporteurs – Iordanis Kerenidis (chercheur en algoritmie quantique) et Jean-Paul Herteman (ex-PDG de Safran) -, nous a conduit au constat que le succès de la France dans ce domaine ne pourra être obtenu qu’en faisant du quantique un sujet plus accessible et plus attractif. Vulgariser, expliquer cette technologie, la rendre concrète est à nos yeux une des conditions sine qua none du succès de notre stratégie.

Un tour d’horizon de la situation française

D’avril à juin, nous nous sommes concentrés sur des auditions. Nous en avons réalisé plus d’une cinquantaine en deux mois, entendant à la fois des chercheurs en physique, mathématique, informatique, mais aussi des industriels français et étranger, ainsi que des institutions nationales et européennes. Ce travail, à la fois extrêmement complet et exigeant, nous a permis de comprendre les enjeux soulevés par les technologies quantiques, mais aussi d’entrer dans le détail des avancées scientifiques pour enfin établir une feuille de route nationale juste et ambitieuse.

Les enseignements de ces travaux

La spécificité des nouvelles technologies quantiques tient en ce qu’elles rassemblent et imbriquent plusieurs univers : la recherche et l’industrie. Si nous pouvons nous féliciter d’avoir un tissu de chercheurs en physique fondamentale d’une qualité incomparable sur la scène internationale, nous souffrons de l’absence de pont entre recherche et industrie, freinant ainsi la mise en application des découvertes réalisées et donc de leur confrontation aux difficultés inhérentes au passage à l’échelle. Pour autant, il existe une volonté forte que le monde scientifique et industriel partage : faire de la France un acteur incontournable pour les technologies quantiques.

De la rédaction de notre rapport à sa présentation

Notre rapport est en phase de finalisation et nous pourrons en dévoiler les orientations et recommandations en novembre. Nous espérons pouvoir faire de ce moment quelque chose de plus large qu’un signal envoyé seulement à l’écosystème d’initiés qui en a certes besoin, mais qui est déjà rompu à ce sujet. Nous voulons ainsi toucher un public plus large qui doit y comprendre l’opportunité que ces technologies représentent, la révolution quantique ne pourra se faire que tous ensemble. En effet, cette révolution que nous sommes en train de traverser ne va pas seulement impacter un petit cercle d’initiés, mais risque aussi de bouleverser nos outils numériques, qu’ils soient à usage professionnel dans les domaines de la santé, de la logistique, de la banque, ou à usage personnel dans un futur plus lointain en bousculant la fabrication de nos propres supports numériques personnels.

Si aujourd’hui nos outils numériques sont de plus en plus performants, c’est grâce à ce que l’on appelle la Loi de Moore. Celle-ci estime que le nombre de transistors par circuit de même taille – soit l’élément principal d’un ordinateur – double tous les 18 mois au sein d’un ordinateur ce qui a pour effet de doubler la puissance de nos ordinateurs. Le fait de diminuer la taille de ces transistors permet alors d’en augmenter le nombre au sein d’un circuit et donc d’augmenter la puissance de nos ordinateurs. La seule limite identifiée est celle de la physique, il est impossible de créer des éléments plus petits que la taille des atomes, aujourd’hui la taille des transistors est tellement fine, qu’il est difficile, voire impossible, de la diminuer. Les technologies quantiques s’imposent donc comme une alternative crédible pour pallier à cette impossibilité de diminution de nos composants électroniques.

Si une application aussi large venait à se faire, il faut d’ores et déjà sensibiliser la population à cette révolution pour en comprendre l’intérêt et tout l’enjeu.

Nous espérons, dès lors, pouvoir communiquer le plus largement possible sur le sujet dès le mois de novembre afin de faire connaître les nouvelles technologies quantiques et comprendre les opportunités que cela peut offrir.

 

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